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L'ANCIEN EDIFICE (Stefanskirche)

Un lieu de culte existait, selon des fouilles récentes - 1991 - depuis les X-XIème siècle. L'église romane St Etienne aurait été bâtie vers 1185, agrandie au XIVème par l'adjonction d'un chevet gothique, puis d'une sacristie. Le clocher avait été transformé -1707-  par l'adjonction d'un bulbe. Tout autour se trouvait le cimetière (Kirch-Hof) ; quelques personnalités étaient enterrées dans l'église même. Des échoppes s'adossaient contre l'édifice. La REFORME avait été introduite à Mulhouse dans les années 1520 avec l'approbation de la grande majorité de sa population ; le culte réformé y est célébré depuis cette époque.

POURQUOI UN NOUVEAU BATIMENT ?

Vétusté de l'ancien bâtiment, accroissement de la population de la ville (industrialisation) retour de l'ancienne église des Franciscains au culte catholique en 1803 amènent le conseil municipal à décider en 1851 la démolition de la Stefanskirche. Ce sera un drame pour bon nombre de Mulhousiens car elle était un symbole particulièrement fort de l'histoire de la ville.

 

LE TEMPLE ACTUEL (construction 1859-1868)

Jean-Baptiste SCHACRE, architecte municipal, avait déjà construit la synagogue et l'église St Etienne catholique. Deux impératifs lui sont fixés :

- prévoir des baies de dimensions telles qu'elle pourront accueillir les anciens vitraux.

- prévoir un clocher “ dominant ”, c’est à dire plus haut que celui de l'église St Etienne catholique.

Le style retenu, néo-gothique, peut surprendre voire scandaliser certains protestants... et catholiques qui s'étonnent de trouver un édifice qui évoque plutôt une cathédrale dans un lieu de culte réformé. Mais il faut reconnaître que son insertion dans la ville, surtout depuis le réaménagement de la place de la Réunion est assez harmonieuse. Le classement du temple a été décidé en 1995.

Les vitraux du XIVème, absolument remarquables, sont classés depuis 1920.

QUELQUES FAITS INTERESSANTS

L'ORIENTATION : Certains visiteurs marquent leur surprise ; le temple présente son entrée à l'inverse de ce qui est usuel. En effet, une opération d'urbanisme prévue à l'origine du côté du Globe n'a jamais été   réalisée.

LES VITRAUX :       Démontés lors de la démolition, en 1858, remontés en 1904, ils n'avaient été réexaminés qu'en 1882. Ils auraient été oubliés dans leurs caisses confectionnées dans le bois des bancs de l'ancien temple.

LES ORGUES           datent de 1868 (WALCKER, Ludwigsburg) transformés en 1905 et en 1951. L'ancien orgue SILBERMANN (1765) a été transféré au temple St Jean qui a aussi "hérité" de la table de communion.

LA CHAIRE              de 1647 a été offerte au temple d'Illzach.

  Les STALLES           Renaissance rhénane ornées des armoiries de la ville et de l'empire ont été replacées au temple actuel. Les deux groupes de stalles en chêne sculpté datent de 1637 (remarquer l'inscription en chiffres romains sur la partie supérieure). Elles se trouvaient dans le choeur de l'ancienne église et étaient réservées aux membres du petit conseil de la ville :

                        * le groupe de sept sièges était réservé aux trois bourgmestres, au greffier- syndic, aux deux trésoriers et au baumestre.

                        * le groupe de six sièges était réservé aux autres conseillers.

 

   

 

Elles furent vraisemblablement exécutées vers 1335 et comportent 3 cycles sans aucun rapport entre eux. Le plus important des trois qui comprend encore, malgré les destructions survenues à travers les siècles, 88 scènes, fut exécuté d'après le manuscrit composé sans doute en 1324 par Ludolphe de Saxe, dominicain strasbourgeois et intitulé "Speculum Humanae Salvationis" (Le Miroir du Salut du Genre Humain). C'est un manuscrit qui, comme la "Biblia Pauperum", recueil composé sans doute vers la fin du 13ème siècle, veut exposer l'Histoire de la Rédemption. Il comprend 45 chapitres illustrés de quatre images, sauf les trois derniers qui en comportent huit. La première figure représente le type, les trois autres étant des antitypes. Ceux-ci étaient destinés à compléter ou à expliquer le type.

 

 

 

 

 

 

 

Ludolphe de Saxe a puisé ses références dans l'Ancien Testament, mais aussi et surtout dans des évangiles apocryphes, des légendes ou traditions orales : son grand inspirateur a été Pierre de Troyes dit Petrus Comestor (le mangeur de livres) dont "l'Historia Scholastica" est une importante compilation mélangeant les textes bibliques, les traditions orales, rabbiniques et les légendes. Cet ouvrage eut une large audience au Moyen-Age, à tel point, que, souvent au 14ème siècle c'est seulement au travers de cet ouvrage que la Bible  était connue. Nous retrouvons également dans le Speculum une influence indiscutable de la légende dorée, en particulier pour les scènes concernant la Vierge ; certains emprunts ont été également faits à Valère Maxime. En particulier l'histoire de la Table d'Or retirée de la mer par des pêcheurs et déposée au Temple d'Apollon, récit qui, à l'époque, était considéré comme une préfigure de la virginité de la Vierge.

  Les vitraux mulhousiens semblent avoir été créés d'après une copie du Speculum appartenant à la Bibliothèque de Munich et qui provient d'un couvent de Sélestat ; les miniatures de cet ouvrage sont très proches du dessin de nos verrières. Mais alors que les chapitres du Speculum étaient composés d'un type et de trois antitypes, les vitraux de Mulhouse donnent chaque fois un type encadré seulement par deux antitypes, ce qui réduisait primitivement le cycle à 3 fois 36 panneaux répartis dans 3 fenêtres. La première fenêtre racontait l'histoire de la venue du Christ, de la création de la femme au baptême, la deuxième, la Passion allant de la tentation à la crucifixion, la troisième enfin exposant le triomphe du Christ après la mort. Les vitraux de ces trois fenêtres étaient d'ailleurs traités dans des styles très différents par plusieurs ateliers.

  La seconde série comprenant la lutte des Vertus et des Vices et les oeuvres de Miséricorde semble d'une facture un peu plus tardive que celle des vitraux précédents. Ils pourraient en effet ne dater que de 1360-1370 et ont dû primitivement se trouver dans les fenêtres de la nef.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La dernière série enfin devait comporter à l'origine 6 portraits de saints superposés, ordonnés en deux colonnes, chacune d'elles étant surmontée d'un blason. Ce sont probablement ceux-ci qui ont le plus souffert d'un orage de grêle au début du 18ème siècle durant lequel une moitié des verrières de cette fenêtre semble avoir été totalement anéantie. L'Ecu contenant les armes de Ferrette nous a heureusement été conservé. C'est en effet celui-ci  qui nous permet de penser qu'une partie des vitraux a été offerte par la famille de Ferrette. Il est probable que cette donation vient de Jeanne, fille du dernier Comte de Ferrette et épouse de l'Archiduc Albert d'Autriche à qui elle apporta en  dot le Comté de Ferrette. Celle-ci, dernière personne qui portait le nom, étant morte en 1351, nous pouvons avec certitude dater nos verrières de 1350 au plus tard. Il y a d'ailleurs de grandes analogies entre ces dernières et les vitraux de Koenigsfelden (Suisse, Argovie). Or, ceux-ci ont été offerts précisément par Albert d'Autriche et Jeanne de Ferrette vers 1327. Si nous nous basons sur les vitraux de Koenigsfelden, nous pouvons considérer que nous manquent l'Ecu portant les armes d'Albert d'Autriche, qui devait faire pendant aux armes de Ferrette, sainte Elisabeth, patronne de la mère d'Albert, saint Etienne, saint préféré de celui-ci et sainte Catherine, patronne de la chapelle du château de Ferrette.

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Par bonheur l'introduction de la Réforme à Mulhouse n'eut aucune répercussion sur les verrières qui ne furent pas, comme ce fut le cas dans bien des villes, livrées à la fureur du mouvement iconoclaste. Mais en 1586 leur état exigeait une réfection importante, en particulier une remise en plomb ; lors de ces travaux un certain nombre de fragments furent remplacés, d'autres nettoyés et remis en place, d'autres restaurés. Tous ces travaux furent exécutés par le peintre-verrier Thiébault SCHMERBER à qui fut versée la somme de 135 livres 2 schillings et 3 deniers. Les fonds bleus ornés de feuillages peints dans les médaillons ronds, semblent dater de cette restauration ; mais dès l'année suivante le Magistrat devait faire réparer les dégâts causés par les projectiles des combattants en présence lors de l'affaire FINNINGER. Durant le siècle suivant aucune restauration ne semble avoir été effectuée, mais des orages de grêle ayant anéanti une partie des vitraux au début du 18ème siècle, la fenêtre du fond fut, en 1709, garnie de verre blanc, alors que les vitraux restants étaient répartis dans les autres fenêtres.

En 1858 les vitraux furent mis en caisse avant la démolition de l'église. Ce n'est qu'en 1882 qu'un inventaire complet en fut dressé par Karl FRANCK alors Conservateur du Musée, qui précisa en particulier dans cet inventaire l'état dans lequel se trouvait chacun des panneaux, ce qui nous permet de constater que la plupart d'entre eux avaient bien supporté les injures du siècle, certains étant même mentionnés comme "parfaitement conservés". En 1904, après une restauration assez importante exécutée à Munich, les vitraux furent replacés dans la nouvelle église ; déposés pendant la guerre de 1914-1918 ils furent remontés en 1923 après avoir subi une n

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ouvelle restauration corrigeant certaines erreurs de 1904. En 1939, il fallut à nouveau les mettre en sûreté. En 1947, le Service des Monuments Historiques fit procéder à une réfection complète des panneaux qui, au printemps 1948, furent exposés à Bâle et au courant de l'été de la même année au Musée des Beaux Arts de Mulhouse, à l'occasion du 150 ème anniversaire de la Réunion de Mulhouse à la France. La remise en place dans l'église se fit en décembre 1949.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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